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Le bois de Vincennes (1855-1866)

saint-louis sous un chêne

Georges Rouget (1783-1869)

Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes, 1824, château de Versailles

Forêt primitivement consacrée aux Druides, puis aux cultes du dieu gaulois Teutatès, ainsi qu’au dieu romain Sylvanus, Vincennes (Vilcenna) aurait abrité dolmens et temples divers. Conquise par les Francs lors de la conquête des Gaules, la forêt fut intégrée au domaine royal, peut-être sous le règne de Clovis, plus certainement sous les règnes d’Hugues Capet et Philippe Ier. Plusieurs abbayes parisiennes (dont Saint-Pierre-de-Montmartre) y obtinrent des droits d’usage, qui consistaient notamment en un prélèvement quotidien de bois.

En 1158, Louis VII accorda l’installation d’un prieuré grandmontain, mais reprit toutefois possession de la forêt, sur laquelle les établissements religieux n’avaient cessé d’empiéter. Le souverain y aurait fait bâtir un premier rendez-vous de chasse. Plus tard, Philippe-Auguste fit dresser un mur, du côté de Paris, pour délimiter les possessions royales. Il transforma la demeure de Louis VII en un manoir, qui constitua en quelques sortes le point de départ du château de Vincennes. Proche de Paris et de grandes voies de communication tracées à l’époque romaine, Vincennes s’imposa alors comme l’une des résidences rurales et « secondaires », sans doute peu fortifiées, que les rois carolingiens employaient pour de séjours ponctuels.

Sous le règne de Louis IX, passé à la postérité sous le nom de « Saint Louis », Vincennes s’affirma comme la résidence la plus courante des rois de France, après le palais de la Cité. Lieu de gouvernement et de réunion du conseil, la demeure accueillit régulièrement la famille royale et les reliques de la Passion que le souverain avait achetées au roi de Constantinople, avant leur entrée solennelle dans la capitale du royaume, en 1239. Saint Louis déposa en outre quelques épines détachées de la Couronne et un morceau de la Vraie Croix à Vincennes.

L’attachement de Saint Louis fut sans doute à l’origine de la légende bien connue du souverain rendant la justice sous un chêne de Vincennes. Ce fut par ailleurs à Vincennes que Saint Louis fit ses adieux à sa famille avant de partir en croisade, en 1248 et en 1270. Pendant les règnes suivants, Vincennes demeura une résidence royale appréciée et fréquentée, notamment sous le règne de Philippe VI.

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Le donjon de Vincennes

L’attrait de Vincennes se renforça pendant la guerre de Cent ans, alors que le roi Jean II le Bon était prisonnier des Anglais. Chargé de gouverner le royaume en l’absence de son père, le Dauphin Charles se confronta au prévôt des marchands Etienne Marcel, qui menait la révolte des Parisiens contre l’aristocratie. Cet épisode dramatique marqua profondément le prince, futur Charles V, qui saisit l’intérêt de renforcer l’appareil militaire autour de la personne royale et de posséder une forteresse aux portes de Paris.

Jean II le Bon lança le chantier de Vincennes, qui devait désormais remplir une triple fonction : résidence royale, lieu de protection et point d’appui militaire aux portes de Paris. Après sa mort, Charles V poursuivit les travaux : l’achèvement du donjon, du châtelet et de l’enceinte, le creusement des fossés, ainsi que la fondation d’une Sainte Chapelle.

Charles VI séjourna régulièrement à Vincennes, mais au lendemain du traité de Troyes, en 1420, c’est le roi d’Angleterre Henri V qui prit possession des lieux. La reconquête de l’Île-de-France permit toutefois à Charles VII de reprendre le château de Vincennes, en 1436, sans lui rendre son statut prestigieux. Séjournant de préférence dans le Berry ou le Val de Loire, le souverain ne venait à Vincennes que pour y rencontrer sa maîtresse, Agnès Sorel.

Attaché au Val de Loire, Louis XI résida assez souvent au château de Vincennes, mais délaissa le logement du donjon pour se faire bâtir un pavillon dans la partie sud-ouest de l’enceinte, à l’emplacement de l’actuel pavillon du Roi. Les rois de la Renaissance prirent soin de compléter le dispositif imaginé par leur prédécesseur Charles V. François Ier donna ainsi « l’ordre d’achever et parfaire l’œuvre et édifice de la Sainte Chapelle du bois de Vincennes », inaugurée en grandes pompes par son fils, Henri II, en 1552.

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Le pavillon de la Reine, vu depuis le donjon

Après les guerres de religion et l’assassinat de Henri IV, Marie de Médicis considéra le château de Vincennes, à l’instar de Charles V autrefois, comme une forteresse imprenable. La reine-mère, Régente du royaume, fit en conséquence remodeler le pavillon de Louis XI, pour y loger le jeune Louis XIII. Pour les mêmes raisons, le cardinal de Mazarin choisit Vincennes, au lendemain des épisodes douloureux de la Fronde, qui faillirent renverser Louis XIV. Dès 1654, l’architecte Louis Le Vau transforma le pavillon de Louis XIII pour aboutir à l’actuel pavillon du Roi, puis fit construire le pavillon de la Reine, à l’opposé d’une vaste esplanade aménagée en Cour royale, délimitée, au nord, par un portique séparant les bâtiments nouveaux du château médiéval, et au sud, par un arc de triomphe remodelé à partir de l’ancienne tour du Bois.

En 1682, l’installation définitive de la cour du roi à Versailles plongea le château de Vincennes dans l’oubli, malgré l’installation de Louis XV, quelques jours après la mort de son bisaïeul et quelques mois avant de prendre demeure aux Tuileries. A l’abandon, le château de Vincennes abrita une manufacture de céramique, transférée à Sèvres en 1756, puis une faïencerie, des manufactures d’armes. En 1784, le château de Vincennes fut rayé de la liste des résidences royales, menacé de démolition, proposé vainement à la vente, en 1789.

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Le lac des Minimes

  Depuis longtemps intégrée au domaine royal et dévolue aux parties de chasse des rois de France jusqu’au règne de Louis XV, la forêt de Vincennes rentra dans le domaine national et devint en partie une zone d’entraînement militaire. Sous le règne de Louis-Philippe, les fortifications de Paris empiétèrent nettement sur le bois, entraînant de nouveaux défrichements à partir de 1843. Affectée à la liste civile de l’Empereur Napoléon III, l’ancienne forêt, désormais « bois de Vincennes », fut fort heureusement préservée et aménagée en promenade publique, sur l’exemple du bois de Boulogne.

L’Empereur nomma l’ingénieur Jean-Charles Alphand et l’architecte Jean-Pierre Barillet-Deschamps, qui œuvraient déjà au bois de l’ouest parisien. De la même manière, les deux hommes conçurent un parc à l’anglaise, planté de diverses espèces d’arbres et creusé d’un réseau de lacs et de rivières. Parsemé d’édifices pittoresques (ponts, cascades artificielles), le bois de Vincennes fut aussi ponctué de kiosques et de chalets-restaurants, qui ponctuèrent la promenade, notamment à proximité des lacs.

Les premiers travaux consistèrent à creuser le lac des Minimes et le lac de Saint-Mandé, à ouvrir de nouvelles allées de promenade, à créer des pelouses et de nouvelles plantations. Placé au fond d’une vallée verdoyante, entouré d’allées sinueuses et alimenté de petits ruisseaux finissant parfois en cascades, le lac de Saint-Mandé constitue l’un des endroits les plus agréables de la promenade de Vincennes.

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La promenade du lac des Minimes

Situé à l’emplacement de l’ancien couvent grandmontain fondé par Louis VII, en 1164, où les Minimes s’installèrent en 1584, le lac dit des Minimes occupe la partie nord-ouest du bois, aux confins de Fontenay-sous-Bois. Adoptant la forme d’un croissant, il possède trois îles accessibles. L’une de ces îles, en bordure du lac, du côté de Fontenay, accueille le chalet de la Porte-Jaune, établi sur l’ancien emplacement de la caserne de la gendarmerie forestière en 1859.

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Les pavillons du lac des Minimes

Entre l’avenue des Minimes, la route du Champ-de-Manœuvre et celle du Grand Prieur, qui borde la berge ouest du lac, se dressent deux pavillons aux murs couverts d’un crépis rouge, probablement contemporains des aménagements du bois de Vincennes.

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Des cygnes, des oies « bernaches », des foulques, des poules d’eau et des canards voguent sur le lac des Minimes, comme sur les autres pièces d’eau du bois de Vincennes.  

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Rivière de Nogent finissant en cascade dans le lac des Minimes

Les travaux d’aménagement se poursuivirent par le creusement du lac du plateau de Gravelle (alimenté par la Marne jusqu’en 1974), qui forme le réservoir supérieur des eaux du bois. Depuis le lac de Gravelle, les ruisseaux parcourant le bois de Vincennes alimentent les lacs des Minimes et de Saint-Mandé, vers le grand lac creusé dans la plaine de Bercy.

La rivière de Nogent se déverse ainsi dans le lac des Minimes sous la forme d’une cascade constituée par un amoncellement de rochers. Cette petite chute d’eau crée un motif pittoresque, au passage le plus étroit entre l’île Sud et la berge du lac.

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La route de la Cascade, à proximité du lac des Minimes

Depuis la route de la Cascade, le promeneur franchit un petit pont de bois et atteint une placette, depuis laquelle il peut admirer le ruisseau se faufiler entre les rochers et rejoindre les eaux du lac des Minimes.

 

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Le lac Daumesnil

Cédée à la Ville de Paris dès 1861, la plaine de Bercy, où Alphand fit creuser le lac Daumesnil, permit d’augmenter la superficie du bois de Vincennes. 

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Le pont reliant l’île de Bercy à l’île de Reuilly, sur le lac Daumesnil

Ce vaste plan d’eau possède deux îles, reliées entre elles et à la berge par deux ponts suspendus. Depuis 1910, les promeneurs peuvent louer les barques accostées à l’embarcadère, situé à l’ouest de l’île de Bercy, et canoter sur le lac Daumesnil.

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Le temple et la grotte du lac Daumesnil

Un décor pittoresque, à la manière des jardins de la fin du XVIIIe siècle, singularise l’île de Reuilly, reliée à la berge par un pont suspendu. Ce décor, réalisé par Gabriel Davioud, se compose d’une rotonde à colonnes doriques, dressée en belvédère au-dessus d’un tapis de verdure, et d’une grotte artificielle, scandée de piliers rocailleux, qui s’ouvre au bord de l’eau. 

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La rotonde et la grotte du lac Daumesnil, vus à proximité du pont suspendu

Au fil de la promenade circulaire autour du lac Daumesnil, de fabuleux points de vue se dégagent sur la rotonde et la grotte de Davioud.

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La grotte de l’île de Reuilly, sur le lac Daumesnil

Dans la grotte artificielle de l’île de Reuilly, sur le lac Daumesnil, la « rocaille de ciment » simule des congélations naturelles et des stalactites à la voûte et une roche tortueuse et rongée par les eaux sur les piliers. Accessible au moyen de deux escaliers situés à ses extrémités, cette grotte « rocaillée » présente un aspect décoratif quelque peu romantique. 

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Vue du lac Daumesnil, depuis la grotte de l’île de Reuilly

La grotte de l’île de Reuilly offre en outre un point de vue admirable au promeneur audacieux, qui peut contempler le lac Daumesnil à travers les roseaux.

En 1863, l’hippodrome fut créé sur la plaine située entre le plateau de Gravelle, Vincennes et les Minimes. Concédé en propriété à la Ville de Paris dès 1860, le bois de Vincennes s’agrandit encore après l’annexion du parc de Charenton en 1865, qui lui permit de jouxter immédiatement Paris.

Peu après l’achèvement de la promenade publique du bois de Vincennes, le baron Haussmann créa, en 1867, une École d’arboriculture sur la commune de Saint-Mandé, près de la Porte Dorée. Elle fut transférée, en 1936, à l’emplacement de l’ancienne ferme de la faisanderie et fut dénommée « École Du Breuil », du nom de l’un de ses fondateurs.

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